La chaine Youtube de Manimal approche les 5 Millions de vues, un chiffre plus qu'honorable, nous sommes donc aller à la rencontre du Rappeur / Réalisateur de Saint-Joseph.
1/ Comment es tu entré dans le monde la musique ?
Ma mère est une grande fan de musique et il ne se passait pas un jour sans qu'elle passe de la variété française (Claude FRANCOIS, Frédéric FRANCOIS, mike BRANT, joe DASSIN etc.) ou des tubes internationaux (Madonna, Cindy LOPER, Mickael Jackson, Jimmy CLIFF etc.). Même aujourd'hui elle est restée branchée et l'éducation musicale qu'elle m'a transmise a été très importante. Je suis très influencé par la musique des années 80. Mes oncles du côté de maman sont également de grands amateurs de sons. Ils étaient autrefois animateurs radio et m'ont initié très tôt à la danse et au rap. Je faisais peur aux grands dans les boums sur la piste de danse et j'ai écrit mon premier rap à 9 ans.
2/ En 2007, ton titre sur ta ville Saint-Joseph fait le tour du web, les journaux en avaient même parlé, comment as-tu vécu cette époque ?
Très mal ! Je sortais d'une rupture très douloureuse et il ne me restait plus que ma voiture et quelques vêtements. J'étais retourné vivre chez mes parents et il fallait absolument que je me raccroche à quelque chose pour ne pas sombrer et ça a été bien entendu à la musique. J'ai enregistré ce titre en 15 minutes au studio Sopra Sound à la fin d'une séance. Mon cousin Kérozer l'a trouvé terrible et l'a fait tourner auprès de ses nombreux amis à saint-Joseph. Quelques jours plus tard la chanson était sur tous les portables de la ville. On était dépassé ! Puis on a eu l'idée d'en faire un clip avec la caméra de mes parents et un petit programme de montage qu'un pote m'avait passé. Une fois terminé, un autre ami informaticien l'a transféré sur youtube ; et là il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Youtube en est à ses balbutiements et n'existe que depuis 2005, les sites vidéos ne sont pas à la mode, les blog musicaux n'existent pas et facebook encore moins. Il n'y a que le bluetooth qui fonctionne à peu près bien et les mails. Le clip fait alors 6000 visites en trois semaines et c'est un véritable événement sur la toile, le Jir se déplace jusqu'à chez moi. Aujourd'hui certains titres font 6000 visites en quelques heures sur youtube. En attendant, je vivrai mal ce succès car ma vie privée et sentimentale est alors un véritable échec.
3/ Un peu plus tard naîtra la Sopra Sound Family, peux-tu nous raconter l'histoire de cette équipe ?
J'ai rencontré Master Bass au studio Sopra Sound. C'était alors le meilleur sur l'île d'un point de vue rap avec un flow imparable et une voix terrible. Boobz je l'ai croisé dans un studio de la Montagne. J'ai tout de suite accroché à sa personnalité. Même si je lui reproche constamment sa nature dispersée et survoltée, Boobz est quelqu'un de très attachant et il sait charmer les gens naturellement. On s'est rencontré sur un titre, Tropikal, qu'on a clippé car j'étais resté sur ma lancée de réal amateur et un pote m'avait passé son Canon XM2 pendant quelques mois. On clippait presque chaque titre qu'on sortait. Le milieu du rap local nous tirait dessus mais on en faisait encore plus. Les autres rappers nous comparaient aveuglément à Futurcrew. On le prenait comme un compliment mais on était véritablement sur un autre segment. Sopra nous a ensuite accompagné sur notre unique disque, Feat Party, qui n'est pas un album du groupe mais qu'on a quand même écoulé à 1000 exemplaires ; une prouesse pour un groupe de rap réunionnais. Puis avec Feat Party nous sommes entrés dans la clik Hot-Game Family en compagnie d'Atep, Babiluzion et Futurcrew. La formation de ce crew était hautement symbolique car il réunissait non seulement le nord et le sud mais aussi des rivaux ; moi, Atep et Futurcrew. Le résultat fut détonnant, nous avons foulé ensemble les plus grandes scènes de l'île pour le plus grand bonheur des fans et sorti un disque sous l'impulsion d'Atep. Avec la fin de l'aventure Hot-Game, Master Bass et Boobz ont décidé d'entamer des carrières solo. Est-ce la fin de Soprasound Family ? Mystère... cependant ma conclusion après cette aventure, pour ma part, est que le milieu du rap réunionnais est complètement débile et qu'il ne décollera jamais.
4/ Tu as aussi une casquette de réalisateur de clips, comment as-tu commencé ?
Comme je viens de l'expliquer plus haut mais on peut approfondir. En 2003 j'étais comme tout le monde époustouflé par la qualité des clips de Futurcrew. Ils ont compris très vite l'importance de l'image dans la musique. C'était l'apparition des chaînes musicales sur le sat et de la vidéo sur internet. Dans le sud nous leur avons emboîté le pas, malgré nos différends, avec Payin. Nous avons réalisé quelques clips, cependant le succès fut moins au rendez-vous qu'escompté. À la fin de la première forme de Futurcrew en 2006 – 2007, j'ai immédiatement aperçu le champ laissé libre mais je n'avais aucune compétence dans le domaine. J'ai commencé par des petites vidéos pour ma famille, puis par des clips de rap. Mais la vidéo n'était pas une passion au départ, ce n'était qu'un outil pour diffuser mes sons. Jusqu'à maintenant je considère toujours la vidéo comme un vecteur de diffusion essentielle pour la musique car je n'ai en effet aucune formation en cinéma et je n'ai pas pour projet de me lancer dans la réalisation d'un court ou d'un long métrage.
5/ En 2011, le clip de Jérome PAYET Mi aime a ou cartonne sur Youtube, comment est né cette collaboration ?
Je connais Jérôme depuis 2007. C'est mon cousin Kérozer qui me l'a présenté après la sortie du titre Saint-Jo. Nous avons tous les trois posé sur un ragga-dancehall qui s'appelait « kafrine ». je recevais les railleries de mes ex-collègues rappers alors que nous remplissions les salles de concert dans le sud avec Jérôme et des fans qui scandaient nos refrains. Ce dernier s'est ensuite mis à la conception de son album « Mi aime a ou » dès 2008. Nous nous sommes très peu vus en 2009 avant de nous retrouver début 2010. Jérôme était sur la fin de son album et moi je venais d'investir dans du matériel vidéo. Courant 2009, j'étais avec Futurcrew et Babiluzion sur le tournage de leur clip « Socca Polka ». J'étais très étonné de voir qu'ils tournaient avec un réflex numérique muni d'un mode vidéo assez basique. Le clip est sorti malgré les limitations de l'appareil utilisé. Encore une fois Futurcrew me montrait la voie a emprunté même s'ils avaient momentanément abandonné l'idée de tourner avec un appareil photo numérique. Quelques mois plus tard en feuilletant un magazine je suis tombé sur un appareil photo numérique hybride muni d'un mode vidéo et de spécifications exceptionnelles en la matière malgré son tarif accessible. Je n'ai pas hésité un seul instant à investir dans ce matériel non sans essuyer quelques moqueries car pour les « pros » c'était impensable de tourner avec un réflex numérique (il faut se replacer dans le contexte, nous sommes en 2009). En janvier 2010, une fois la machine en main, j'ai tout de suite compris que ma vie allait changer et j'ai alors dessiné un plan dont faisait partie Jérôme PAYET. J'ai testé l'appareil pendant la première partie de l'année 2010 avec des petites productions et des jeunes artistes de ma ville dont un certain Maïko. En septembre 2010, Jérôme avait sorti son album depuis 2 mois déjà. Je lui ai alors naturellement proposé mes services. On était alors très mal financièrement. Mon investissement en matériel vidéo et en clip (je réalisais des clips saint-joséphois gratuitement) m'avait coûté très très cher et la conception de l'album « Mi aime a ou » aussi cher à Jérôme. Le marché entre nous était alors que je m'occupe du clip et Jérôme du transport et de la restauration alors qu'on était au plus bas dans nos portes-monnaies. La météo de l'époque était exécrable mais dès les premières images que nous avons pu tourner avec le retour du beau-temps, j'ai tout de suite compris le potentiel énorme que nous avions entre nos mains et cela tombait bien car Jérôme comprenait aussi l'importance prédominante du visuel dans son travail. Le clip est sorti le samedi 2 octobre 2010 mais le succès est venu trois mois plus tard avec l'ouverture d'une chaîne musicale réunionnaise sur la TNT. La suite je pense que tu la connais !
6/ Ta chaîne Youtube compte 5 000 000 de vues, penses-tu qu'il y a un nouvel engouement pour la musique péi auprès de la jeunesse et du public en général ?
C'est un chiffre honorable. Et oui, en 2011 l'engouement pour la musique locale a connu un sacré renouveau. On le doit à la qualité des chansons de nos artistes qui nous ont servi des gros classiques. Jérôme PAYET, FJ, Dryce et Srjo, Karen & Son'j, Maïko ont certes amené un nouveau public mais il ne faut pas oublier le retour fracassant des confirmés Jo LAURET, Fred FLAVIGNY, Mamo, Futurcrew (encore) qui nous ont étonné avec leur séga matiné de rap dont je me suis largement inspiré sur Séga-Kuduro et l'apport en innovation musicale de Toulou. Personnellement je n'ai jamais entendu autant de séga et plus largement de musique péi sur les scènes et de plus portée par toutes les catégories d'âge. Bien sûr l'apport en images de qualité a contribué à ce regain d'intérêt mais si nos artistes nous servent de la daube... et bien on aura que de la daube en HD sur nos écrans.